Poetry

Quand tu te réveilles

 

Quand tu dors ainsi, mon ange, tu me promets la lune

Tes boucles blondes, une mer dorée, la preuve de ma fortune

Tu me promets la lune comme tu rêves sous son éclat doux

Tes mains jointes en prière dessous la chaleur de ta joue

 

Quand tu dors ainsi, mon ange, la lune incline sa tête

Les planètes se ficellent à toi, le monde ta marionnette

La lune incline sa tête, soumise à ton règne de paix

Et te couronne d’une auréole de son clair argenté

 

Quand tu te réveilles, mon ange, tes promesses se flétrissent

Le lever du soleil te dévoile comme fabulatrice

Tes promesses se flétrissent, et ton règne n’est plus coi

Car la lune a une face cachée, et parfois les anges choient

 

Hannah Gray, spring 2018

***

 

Briser les frontières

 

Elle a franchi

la frontière,

Car sa patrie n’avait plus de langue.

Le sens des paroles qu’elle prononce m’échappe,

Mais l’émotion qui se déverse de ses doigts agités,

De son anticipation désespérée,

Me parle plus clairement

Que les lettres noires sur des pages blanches.

Le chant de chaque mouvement

Interpelle mon cœur,

Son âme, un instant, sous mes soins.

 

Avec un crayon de couleur l’homme raie le paysage,

Mettant en gras les frontières

Car autrement, elles cesseraient d’exister.

C’est ma mère, c’est la voisine qui prend mes colis, c’est une amie

que je ne peux consoler,

Les mots me manquent.

J’attrape ses yeux nerveux, son angoisse,

Avec un sourire, confort fugace.

Ses larmes deviennent les miennes, et se

perdent dans la pluie qui tombe

Comme les mots de ses lèvres, aussi

désordonnés que ses

biens, fourrés dans un sac rayé

renversé à ses pieds.

 

Vivant en marge, son identité

fragmente.

Je calme ses doigts frénétiques,

Pour un moment, on partage le poids,

Deux étrangers en paix.

Pour un moment, la barrière de la langue

disparaît.

L’amour parle pour nous,

Car sa patrie n’a plus de voix,

Mais la sienne mérite d’être entendue.

 

Rachel Dinsdale, spring 2017

***

 

Le vide

 

Tes petits doigts serrent le mien,

faiblement résistants.

Sous tes côtes saillantes, je sens le battement balbutiant de ton cœur,

fragile, mais toujours là.

Tu commence à pleurer, mais les larmes ne coulent pas.

Tes yeux secs trouvent les miens ;

La faim a laissé une cicatrice sur ta joue parcheminée.

L’angoisse saisit le

vide de mon ventre.

 

Tes petits doigts serrent le mien

Et mes seins stériles crient de douleur.

Il n’y a pas de lait, il n’y a pas de pluie,

Seule une sécheresse persistante infinie.

Je veux un avenir pour toi, je veux que tu connaisses le bonheur,

Mais je ne peux pas, je ne peux pas te donner ce dont tu as besoin et ça me

brise le cœur.

Mon instinct me hurle, me tourmente,

Je lance mes prières dans

l’abîme, en espérant qu’un jour, quelqu’un les entendra.

 

J’essaie de te protéger

mais en réalité, ce sont tes yeux confiants qui me protègent moi.

Ta main qui me cherche me donne une raison de vivre, la force

de continuer.

Tu fais partie de moi, je ne te quitterai jamais.

Ensemble on attend.

On attend.

À l’horizon, la chaleur souffle la poussière semblable à des vagues.

Tes petits doigts serrent le mien,

Et je me demande encore combien de temps tu peux continuer à t’accrocher.

 

Rachel Dinsdale, spring 2017

 ***

 

Noël

 

Complexe rituel et affectif

Souvenirs de froid et de neige

Eléments spectaculaires :

Messe de minuit, bûche, crèches, arbres décorés

Sentiment de cohésion familiale

Matérialisation  par la veillée, la marche en groupe à l’église

Retour à la maison où par un repas,

Communion alimentaire qui, comme aux baptêmes,

Noces, funérailles, et fêtes patronales,

Renforce à nouveau ce sentiment.

 

Dans des conditions anormales, ce désir devient plus violent,

Chez les expatriés, par exemple.

Tous qui y participent ne font que décrire ceux autres,

Pour leur propre consolation,

Des Noëls passés chez eux jadis.

 

Nsah Mala, 22 avril 2017, The Burn. This poem was written as ‘caviardage de texte’ from “Cycles de douze jours” in Grandes vacances (1946) by Francis Ambrière.